Comment Moneta AM a évité la catastrophe Wirecard

Romain Burnand s'est félicité du réflexe de ses analystes et rappelle que la société ne détenait plus le titre depuis plusieurs mois.

Moneta AM n'est pas passé loin de la catastrophe, mais son fondateur et dirigeant Romain Burnand s'est félicité vendredi lors d'une conférence téléphonique du réflexe de ses analystes.

Interrogé à de nombreuses reprises sur sa présence dans le titre Wirecard lorsque l’affaire a éclaté dans les colonnes du Financial Times en 2019, la société de gestion a voulu rassurer en rappelant qu'elle ne détenait plus le titre depuis plusieurs mois.

Les chemins de Moneta AM et Wirecard se sont croisés pour la première fois en mars 2016 lors de la publication d’un rapport à charge de Zatarra Reasearch qui accusait Wirecard de faire du blanchiment d’argent. L’impact boursier a été immédiat avec une baisse de plus de 30% de la valeur. "On aime bien se plonger dans les dossiers dans ce genre de situation, a rappelé Louis Renou, analyste. Du coup, on a mis 3 mois avant de se décider à y aller et on a pris une ligne de 1% à environ 40 euros par action dans MMC (Moneta Multi-Cap)".

Les analystes ont alors fait les années suivantes quelque 23 réunions avec la société, essentiellement avec le top management (CEO et CFO). "J’ai pu visiter trois filiales : le siège à Munich, et des locaux à Singapour et Kuala Lumpur (Malaisie). On a discuté aussi avec des gérants de fonds short pour essayer de comprendre pourquoi ils étaient si négatifs sur la valeur. On a aussi discuté avec des spécialistes du secteur pour discuter du cas Wirecard. Au final, après le rapport Zatarra, il ne s’est pas passé grand-chose. L’anxiété du marché s’est dissipée par faute d’éléments tangibles et le titre est passé du paria à la star. Le titre était proche des 200 euros courant 2018", rappelle Louis Renou.

Moneta AM vendait un peu de sa ligne au fur et à mesure pour des raisons de valorisation, alors que l'action continuait de monter énormément. "Sur les trois ans et demi où nous avons été actionnaire de la société, Wirecard fait partie du Top 5 des meilleurs contributeurs à la performance de MMC, soit une une performance absolue d’environ 2% pour le fonds", poursuit l'analyste.

Alors que le Financial Times a commencé à publier des articles à charge sur Wirecard à partir de février 2019, le déclic arrive enfin en octobre 2019 pour Moneta AM. La société de gestion reconnait qu'elle détient alors une ligne d’environ 2% de MMC dans Wirecard. Le 15 octobre 2019, c'est l'analyse d'un document interne publié par le FT et obtenu auprès d’un lanceur d’alerte, qui fait changer d'avis Moneta AM sur la valeur. "J’avais l’habitude d’auditer des banques à Londres avant de travailler chez Moneta. C’est pourquoi Romain m’a demandé de regarder. Nous avons conclu après l’étude des documents qu’il y avait une très haute probabilité de fraude car les documents semblaient bien réels, le FT avait plusieurs sources et n’avait aucune raison de mentir à ce sujet. Enfin, les explications de Wirecard étaient contradictoires. (...) Il était clair que l’ampleur de la fraude était énorme. Le FT a fait un vrai travail d’auditeur", explique Robert Hill-Smith, qui est justement un ancien auditeur venu de Ernst & Young.

En un peu moins de deux jours, Moneta AM décide de vendre plus de 90% de ses positions dans Wirecard, pour un montant total de 38 millions d’euros. La cession brutale s'effectue à une moyenne d'environ 120 euros par action. Ce 6 juillet 2020, l’action cote sous les 3 euros...

Propos recueillis par Réjane Reibaud