"Un fonds Long/Short pour mieux maîtriser la volatilité"

Interview de Patrice Courty par mes-placements.fr

Grâce à la combinaison de ses positions acheteuses et vendeuses, Moneta Long Short a montré une bonne résistance lorsque les marchés ont baissé.

Moneta AM gère un fonds dit long/short consistant à combiner des positions acheteuses (long) et des positions vendeuses (short). Quel est l’intérêt de cette stratégie ? Résiste-t-elle à des phases de stress sur les marchés ? Patrice Courty gérant du fonds Moneta Long Short et ses équipes d'analystes, Antoine Peyronnet, Maxime Bouquet, Lily Guicherd et Alexis Arquié, se confient sur leur méthode de gestion.

mes-placements.fr : Pouvez-vous présenter le fonds Moneta Long Short ?
Patrice Courty. Notre équipe est composée d’un gérant, d’un assistant gérant et de quatre analystes. Le moteur de performance est le stock picking. Notre métier est d’analyser en profondeur les sociétés cotées pour les valoriser et identifier celles qui sont sous évaluées (long) et celles qui sont sur évaluées (short). Notre ambition est de profiter de la hausse à long terme des actions tout en maitrisant la volatilité. Nos positions vendeuses offrent la possibilité de couvrir le portefeuille. La volatilité de Moneta Long Short est ainsi inférieure de 50 % à celle d’un fonds actions classique.

mes-placements.fr : Comment est construit votre portefeuille ?
Patrice Courty. Nous faisons preuve d’une grande discipline : 70 % de nos positions sont acheteuses (80 lignes) et 30 % de nos positions sont vendeuses (45 lignes), soit une exposition nette en action qui varie entre 35 % et 45 %. Même pour la partie vendeuse du portefeuille, le stock picking reste fondamental. Nous n’utilisons pas de couvertures stratégiques sur indice mais prenons des positions acheteuses ou vendeuses sur des titres individuellement.

Une valeur à l’achat : Trigano – « La société est le leader européen dans la création et la fabrication de camping-cars avec 33 % de parts du marché. François Feuillet, à la tête de Trigano depuis 1982, est un excellent dirigeant. En 2017, il a mené l’acquisition de son concurrent Slovène et n°3 européen, Adria. Cette année, le groupe français a subi une liquidation des positions rapide et non justifiée par les investisseurs. Cet événement nous a offert un point d’entrée attractif alors que leurs perspectives de croissance nous semblent très bonnes. »

mes-placements.fr : Qu’en est-il de la gestion des risques ?
Maxime Bouquet. Plusieurs actions sont mises en œuvre :

1 – Aucun levier utilisé : exposition brute actions limitée à 100%.

2 – Plafonnement de chaque position short à environ 3 %. Si une ligne devient trop importante nous la réduisons. Nous faisons le choix de maitriser le risque en diversifiant nos positions vendeuses avec 40 lignes en portefeuille, pour un poids moyen inférieur à 1 %. Cette précaution nous semble indispensable car contrairement à une position acheteuse classique, il est possible, avec des positions vendeuses, de perdre davantage que le montant investi.

3 – Diversification du fonds, sur différents secteurs, zones géographiques et thématiques d’investissement.

4 – Suivi des risques macroéconomiques qui pourraient résulter de notre stock picking. Nous veillons à garder un portefeuille bien équilibré pour éviter d’avoir des surexpositions à des facteurs macroéconomiques spécifiques.

mes-placements.fr : Cela a-t-il porté ses fruits lors des phases de stress ?
Maxime Bouquet. Le fonds a montré une bonne résistance lors des périodes de fortes baisses du marché. Pour vous donner un ordre d’idée, sur 2000 séances boursières, de 2011 à 2018, l’indice Stoxx Europe 600 NR a connu 245 journées de baisse supérieure à 1 %. Moneta Long Short n’en a connu que 47. Bien sûr, les performances passées ne préjugent pas des performances futures…

mes-placements.fr : Quelles sont vos perspectives pour 2019 ?
Patrice Courty. En l’espace d’un an, nous sommes passés d’un optimisme exagéré à une ambiance de pessimisme généralisée. La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis et le regain du populisme en Europe (Italie, Brexit, France) inquiètent les investisseurs. À ces mauvaises nouvelles, s’ajoute un ralentissement de la croissance en Chine et en Europe. La probabilité de faire face à une récession majeure en 2019 est toutefois faible. Or la valorisation du marché laisse penser le contraire. On estime qu’une bonne partie des mauvaises nouvelles sont actuellement valorisées. Tout n’est donc pas négatif. Si les spreads sur les obligations à haut rendement se sont écartés, leur niveau est encore loin d’avoir atteint ceux rencontrés avant chaque grande récession.

Position à la vente : Kingfisher – « Le groupe Anglais dispose de 4 enseignes dont 2 en France : Castorama et Brico Dépôt. Selon nous, ces derniers montrent des signes de difficulté, là où leurs concurrents sont performants, ouvrent de nombreux magasins et pratiquent des prix très agressifs. Castorama affiche également un retard dans son offre en ligne. Sa gouvernance est aléatoire et le management faiblement actionnaire de la société, ce qui est à nos yeux un élément très négatif. »

mes-placements.fr : Les investisseurs ont-ils un intérêt à se repositionner sur les marchés européens ?
Patrice Courty. 2 indicateurs nous laissent penser que cette stratégie présente un intérêt :

- l’écart important de rémunération entre les obligations souveraines (0,2 % sur le Bund Allemand à 10 ans) et les actions européennes (4 % de dividendes par an) ;

- le retour des offres publiques d’achat (OPA). Une grande diversité d’entreprises sont concernées : Telepizza (600M€), Ahlsell (2,3 Md€) ou encore Panalpina (3,7 Md€).

mes-placements.fr : Quelles sont les thématiques d’investissement que vous privilégiez ?
Antoine Peyronnet. À l’achat, nous privilégions les valeurs cycliques de qualité et survendues (Valeo, Trigano, Covestro) ainsi que les entreprises dont le modèle économique original nous paraît mal valorisé par les marchés (Lenzing, Hello Fresh). À la vente, nous avons des positions sur des sociétés de qualité moyenne dans des secteurs en difficultés. C’est notamment le cas du secteur de la distribution (Kingfisher, H&M…). Nous sommes aussi vendeurs sur des valeurs de croissance à risque (Fever Tree et Zalando).

Pour aller plus loin

mes-placements.fr : Avec une baisse de 7,4 %, 2018 fut tout de même une année difficile pour Moneta Long Short. Comment l’expliquez-vous ?

Patrice Courty. Les marchés européens ont chuté en 2018 (-11% pour le CAC 40). L’impact de notre exposition au marché explique deux tiers de la baisse du fonds, soit - 4,5 %. Un tiers des mauvaises performances de Moneta Long Short s’explique par la sélection de valeurs. Son impact est évalué à - 2,9 %. 

Notre spécialisation sur les mid-caps européennes, c’est-à-dire les sociétés dont la capitalisation boursière est comprise entre 1 Md€ et 10 Md€, nous a desservi cette année.