"Moneta AM conteste l’OPA sur Parrot"

Détentrice de 10% du capital, la société de gestion juge le prix insuffisant et s'étonne des conclusions de l'expertise indépendante.

Le projet d’offre publique d’achat sur Parrot dévoilé en novembre 2018 par Henri Seydoux, PDG et premier actionnaire du fabricant de drones, se complique. Deuxième actionnaire de la société avec un peu plus de 10% du capital, Moneta AM monte au créneau contre une opération qui, selon la société de gestion, ne valorise aucun actif mais seulement les 100 millions d’euros de trésorerie nette dont disposera la société fin 2019.

Dubitatif à la lecture du rapport d’expertise indépendante réalisé par Finexsi, qui conclut que l’OPA «revêt un caractère équitable» en raison de l’accès à la liquidité qu’elle procure aux actionnaires minoritaires et ce même si « le prix de l’offre (3,20 euros par action, ndlr) ne donne pas la pleine valeur potentielle de la société », Moneta a demandé à la société d’évaluation financière Valphi de réaliser une « analyse méthodologique » de ce rapport.
« Cette note met en lumière les insuffisances méthodologiques du rapport du cabinet Finexsi », critique Moneta sur son site. Valphi souligne que « le rapport de l’expert indépendant introduit une confusion entre méthodes d’évaluation et critères de valorisation », comme définis par l’Autorité des marchés financiers.

Débat sur la méthode d'évaluation

Pour appuyer son travail d’évaluation de Parrot, réalisée à partir d’une actualisation des flux de trésorerie (DCF), Finexsi a ajouté l’analyse du cours de Bourse comme « méthode à titre principal ». Or, rappelle Valphi, la référence au cours de Bourse n’est pas une méthode principale mais un critère complémentaire à l’évaluation intrinsèque (DCF, flux de dividendes ou actif net réévalué). Le rapport d’expertise indépendante de Finexsi repose ainsi sur une seule méthode d’évaluation, « ce qui réduit la portée des résultats obtenus », estime Valphi.

Le cabinet s’étonne de l’absence de référence à l’actif net dans le rapport de Finexsi alors que selon lui le contexte de révision de la stratégie de Parrot rendrait justement pertinent de se référer à la valeur du bilan. L’actif net de Parrot s’élève à 5,6 euros par action, soit 75% de plus que le prix de l’OPA. Valphi rappelle le cas de l’offre publique de retrait de Simgar sur Louis Dreyfus Citrus : la cour d’appel avait confirmé en 2012 la décision du Conseil des marchés financiers de refuser l’offre car le prix proposé ne tenait pas compte du montant des capitaux propres. Il faisait ressortir une décote de 43% par rapport à l’actif net.

Enfin, Valphi estime que l'OPA a « pour effet de rompre l’égalité entre les actionnaires, car elle donne de la liquidité à ceux qui souhaitent apporter leurs titres à l’offre mais réduit la liquidité des actionnaires souhaitant rester au capital. C’est d’autant plus vrai que Parrot est une société de petite taille à faible liquidité ». Compte tenu de cet effet, « le projet d’Horizon se rapproche d’une offre de retrait et, dans ce cas, les critères d’évaluation retenus, devraient inclure l’actif net comptable », insiste Grégoire Uettwiller, analyste-gérant chez Moneta.

Dans son projet de note d’information, Horizon indique ne pas avoir l’intention de mettre en oeuvre un retrait obligatoire après l’OPA. La société d’Henri Seydoux rappelle également contrôler Parrot grâce à ses 36% du capital, avant même l’acquisition d’un bloc de 9,59% auprès d’Amiral Gestion, opération qui a rendu obligatoire l’OPA. « Si le groupe était déjà contrôlé comme il le dit, pourquoi Horizon justifie-t-il alors en partie son projet d’OPA pour défendre l’ancrage français de Parrot ? », s’étonne Grégoire Uettwiller. Dans sa lettre, Moneta ajoute que « l’offre s’est faite à un moment où les marchés, en particulier sur les plus petites valeurs, étaient sous forte pression, notamment en raison de retraits importants sur les fonds actions. Peut-on donc vraiment considérer que la négociation du prix de ce bloc conclu entre Horizon et l’actionnaire minoritaire (Amiral Gestion, ndlr), professionnel donc réputé rationnel, l’a été dans un contexte normal ? On notera que l’actionnaire minoritaire a pris soin de bénéficier d’un éventuel relèvement de prix, ce qui relativise d’autant plus la référence au prix de 3,20 euros ».

Actionnaire ancien de Parrot, Moneta s’était renforcé lors de l’augmentation de capital de 299 millions d’euros de décembre 2015, à 17 euros par action. Elle a plus que doublé sa participation après l’annonce de l’OPA d’Horizon, en achetant des actions sur le marché, à un prix moyen légèrement supérieur à 3,20 euros.

La note de Valphi a été transmise à la société, à ses administrateurs indépendants et à l’AMF. « Elle a fait l’objet d’une réponse qui sera rendue publique dans la note d’information une fois que celle-ci aura été visée par l’AMF », a indiqué à L’Agefi une porte-parole de Parrot. Finexsi répondra dans le même cadre.