Maisons France Confort, un cercle boursier vertueux
23 avril 2003. Salons Hoche. Présentation des résultats 2002 de Maisons France Confort. Cours 6 € environ (ajusté de la division par trois des titres intervenues en 2005)
Entre 50 et 100 personnes sont installées autour de tables où est servis un appétissant mais tardif petit déjeuner pour agrémenter la présentation des résultats de l'année 2002 de Maisons France Confort (MFC), le numéro deux français et seul acteur coté du secteur de la maison individuelle. Patrick Vandromme, Président et petit-fils du fondateur de cette société dont il se plait à rappeler qu’elle a été créée en 1919, anime la réunion. La présentation est claire et les transparents s'enchaînent facilement. La société est profitable, en croissance, avec de nombreux projets, et les années qui viennent s'avèrent porteuses. Patrick Vandromme a invité
Le titre se traite seulement un peu plus de 6 fois la prévision de résultat pour l’exercice en cours. C’est un niveau anormalement bas même en 2003. Où est la faille ? La présentation terminée, je me dirige vers l'orateur pour me présenter.
Eté 2003
Le titre n'a finalement pas beaucoup réagi à cette présentation. Pourtant, j'étais loin d'être seul à y assister. Même pour des valeurs dont la capitalisation boursière est de l'ordre de 50 millions d'euros, soit 1000 fois moins que BNP Paribas ou 2000 fois moins que Total, plusieurs dizaines de personnes assistent à la présentation des résultats. L'information est donc largement diffusée puis relayée par les hebdomadaires financiers. Ainsi, Elisabeth Watripon avait dans
Je ne m’en plains pas. Le marché m'a ainsi laissé le temps de commencer à construire une ligne de cette valeur très peu liquide et d’approfondir ma connaissance de la société : lecture des derniers rapports annuels, consultation au Balo des derniers chiffres d'affaires publiés, lecture de coupures de presse. A partir des indications de la dernière réunion d'analystes et des comptes, j'ai pu établir mes propres prévisions de résultats et fait mes premières constatations. La société a assurément de grandes qualités : son historique de croissance est étonnant tant en termes de chiffre d'affaires que de rentabilité : de 1993 à 2002, le chiffre d'affaires a progressé de 30% en moyenne annuelle. La société a toujours été rentable sur cette période. Et elle a pu très largement auto financer sa croissance : son besoin en fonds de roulement (la somme d'argent nécessaire à une entreprise pour financer son cycle de production) est négatif. Comme les sociétés de distribution, et à la différence de la plupart des sociétés industrielles ou de services, la croissance est autofinancée car l’activité génère de la trésorerie. Le modèle financier n'est donc en rien comparable à celui plus risqué d'un promoteur qui peut être amené à financer lui-même tout ou partie des biens construits en cas de mévente. Reste à savoir pourquoi le secteur de la maison individuelle en France a laissé de si mauvais souvenirs, et si la réalité du secteur aujourd'hui est différente de ce qu'elle a été. Jeune analyste, j'avais étudié au début des années 90 la société Maison Phénix à l'origine de graves soucis pour sa maison mère,
2 octobre 2003. Bureaux de Moneta Asset Management. Patrick Vandromme nous rend visite pour un tête à tête
Dans les bureaux de nos débuts, Patrick Vandromme a répondu de manière convaincante à nos interrogations.
· La poursuite de la baisse des taux d'intérêt et l'allongement de la durée des prêts offerts aux emprunteurs a stimulé la demande de logements, et donc de maisons individuelles, permettant un surcroît de croissance par rapport à nos prévisions ;
· Les innovations de la société ont rencontré un vrai succès commercial et elle a pu mener à bien de nouvelles opérations de croissance externe à des conditions économiques favorables ;
· Le marché des actions s'est pris de ferveur pour les belles valeurs moyennes, dont MFC fait désormais partie de l'avis général. La hausse des résultats a été saluée par celle du titre, qui elle même a attiré l'attention. Le nombre des analystes écrivant sur la valeur est passé de 2 à 7 en l'espace de deux ans. Encouragés par l'intérêt du marché, et vivifiés par la concurrence autour du suivi du titre, les analystes sont devenus plus agressifs dans leurs recommandations et objectifs de cours, l'établissant désormais à partir de la méthode des cash-flows actualisés, méthode favorable à la société compte tenu de son activité génératrice de liquidités.
La hausse du cours et l'élargissement du flottant, conséquence du désengagement d'actionnaires historiques, a permis une très forte amélioration de la liquidité du titre. Aux « stock pickers » de petites sociétés de gestion françaises sont venues s’ajouter comme actionnaires de plus grandes sociétés de gestion ainsi que des institutionnels anglais que Patrick Vandromme rencontre désormais régulièrement lors de ses « road-shows » (rencontres d'investisseurs). D'une « micro » capitalisation boursière avec un flottant de l’ordre de 15 millions d'euros, Maisons France Confort est en effet désormais passée fin 2005 au statut de « Midcap » reconnue avec une capitalisation boursière et un flottant de l’ordre de 300 et 100 millions d’euros respectivement.
Ce que j'en retiens :
Notre chance a été que le marché boursier « groggy » en cette année 2003 nous ait laissé le temps d'étudier le dossier et de constituer une ligne de cette valeur très peu liquide à l’époque : entre la réunion d'analyste d'avril 2003 où l'essentiel avait été dit et le début de l'envolée du cours de bourse s'étaient en effet écoulés plusieurs mois. Le marché d'aujourd'hui ne nous laisserait pas autant de temps pour saisir une telle opportunité !
Notre mérite a été de nous enthousiasmer pour une société qui n’était clairement pas à la mode, mais qui avait les atouts pour le devenir un jour. Nous avons pris le temps d'écouter la société, d'analyser ses performances passées et de comprendre que son modèle économique était finalement beaucoup moins risqué que les étiquettes « immobilier » et « promoteurs » pouvaient laisser penser à des investisseurs échaudés par les désastres immobiliers du début des années 90.
Notre erreur a consisté, comme souvent, à nous alléger beaucoup trop tôt sur cette rare opportunité d'investissement…
Romain Burnand, rédigé en 2006 |
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