" Découvrir une belle société ne suffit pas "

Interview de Romain Burnand par mes-placements.fr

Chantre du stock picking, Romain Burnand est régulièrement primé pour la qualité de sa gestion. Il nous fait part de ses convictions d’investissement.

Moneta Multi Caps est un fonds d’actions géré par Romain Burnand. Très majoritairement positionné sur des sociétés françaises, il est en capacité d’investir à la fois sur des petites (200m€ à 1Md€), des moyennes (1 Md€ à 5 Mds€) et des grandes capitalisations (plus de 5 Mds€). Romain Burnand, le fondateur de Moneta AM, et ses équipes d’analystes s’intéressent particulièrement aux valeurs délaissées et font du « stockpicking » (analyse et évaluation des entreprises), sans tenir compte des indicateurs macroéconomiques.

 

mes-placements.fr. Comment choisissez-vous les entreprises sur lesquelles vous souhaitez investir ?

Romain Burnand. Au-delà de leurs qualités intrinsèques, « faible endettement et valorisation » sont aujourd’hui deux critères clés.

La dette est actuellement très peu chère et abondante. À tel point que le marché ne fait plus la distinction entre les sociétés fortement endettées et celles qui le sont peu. Une société faiblement endettée aura une plus grande capacité d’adaptation stratégique et sera en mesure de traverser les moments difficiles avec moins de stress.

La question de la valorisation est pour nous essentielle. Nous sommes des observateurs minutieux des entreprises. Mais découvrir une belle société ne suffit pas, il faut que son prix soit raisonnable. Notre terrain de chasse privilégié demeure les sociétés de bonne qualité à un prix attractif ou des sociétés de qualité moyenne à un prix décoté. Par contre, nous n’irons pas sur des sociétés de mauvaise qualité.

Une société sur laquelle Moneta Multi Caps est investi : Alten : « La société a multiplié sa taille par 10 depuis 2000. Son développement est le fruit d’une croissance organique couplée à des opérations de croissance externe financées par ses propres résultats. Les marges sont bonnes, la stratégie est bonne, le secteur est porteur, la société n’est pas endettée, la croissance est visible et la valorisation est attractive.»

 

mes-placements.fr. Quel poids accordez-vous aux petites capitalisations (small-caps) dans le fonds Moneta Multi Caps ?

Romain Burnand. Les small-caps pèsent actuellement un peu plus de 10 % du portefeuille. Si leur poids peut varier selon les opportunités, ils ne représenteront jamais une part trop conséquente. Et compte tenue de la bonne valorisation des petites valeurs, je ne compte pas augmenter prochainement la poche qui leur est dédiée.

 

mes-placements.fr. Les sociétés de services financiers (Amundi, BNP Paribas ou Société Générale) sont des lignes d’investissement importantes de votre portefeuille. Pourquoi montrez-vous autant d’intérêt pour ces établissements ?

Romain Burnand. C’est une question de valorisation. Le secteur a beaucoup souffert et a même pu être, à un certain moment, perçu comme très risqué. De nombreux investisseurs ont également été échaudés par les nouvelles contraintes réglementaires qui pèsent sur ces sociétés. Aujourd’hui les valorisations sont attractives, pour des acteurs qui nous paraissent avoir une vraie raison d’être. S’agissant d’Amundi, c’est un cas un peu particulier. Cette mid-cap (moyenne capitalisation) s’est récemment introduite en Bourse et réalise jusqu’ici un joli parcours, matérialisé par l’acquisition de l’italien Pioneer.

Une banque sur laquelle Moneta Multi caps est investi : BNP Paribas : « La banque a relativement bien traversé la crise financière. Elle dispose d’une activité diversifiée et d’une stratégie compréhensible, avec de fortes positions de marché. Et son prix est très raisonnable puisque le titre se vend à environ 11 fois le bénéfice par action. Son rendement est, par ailleurs, de 5 %. Enfin, les taux d’intérêts ne resteront pas à un niveau aussi bas très longtemps. Et les banques seront les principaux bénéficiaires d’une remontée des taux.»

 

mes-placements.fr. Le fonds est très majoritairement positionné sur des entreprises françaises (85 %). 12 % des encours sont investis sur d'autres pays de la Zone euro. Pensez-vous augmenter cette part lors des prochains mois ?

Romain Burnand. Moneta Multi Caps peut détenir jusqu’à 30 % de valeurs hors de France. Mais dans l’immédiat nous ne souhaitons pas augmenter sensiblement la part de nos investissements à l’étranger. La France est un gisement important avec un grand nombre de sociétés de tailles très différentes. Nous préférons nous concentrer sur un nombre relativement limité d’entreprises avec l’ambition de très bien les connaitre. Lorsque l’on identifie une société attrayante en France, on regarde s’il existe l’équivalent en Europe.


La question de l'expert

Moneta Multi Caps a vu ses encours croitre de 700 M€ cette année. La taille du fonds (3,37 milliards d’euros) peut-il entamer l’efficacité de sa gestion ?


Romain Burnand. C’est effectivement plus difficile car on peut moins facilement exprimer une bonne idée d’investissement sur une petite ou une moyenne valeur. Cela nous oblige à avoir des idées de moyen terme. Nous avons donc recruté deux personnes chargées de négocier des blocs sur le segment des small & mid-caps. Compte tenu de la progression de l’encours de notre fonds, nous devons détenir plus de sociétés. Nous avons ainsi recruté des analystes pour élargir notre champ d’investigation.