La gestion Long Short amortit les chocs sur les marchés actions

Interview de Patrice Courty par Capital.fr

Gérant de Moneta Long Short, Patrice Courty expose les avantages de ce style de gestion défensif, basé sur l’achat et la vente simultanés de titres, qui permet d’atténuer les phases de turbulences sur les marchés d’actions.

Capital.fr : Quels avantages présente la gestion dite "long short" pour un investisseur ?

Patrice Courty : Elle permet d’amortir la volatilité, qui est de moins de 6% pour le fonds, contre 15% pour celle du marché d’actions européen sur longue période. En effet, pour 100 euros investis dans le cadre de Moneta Long Short, 70 euros servent à initier des positions acheteuses (misant sur la hausse de titres, NDLR) et 30 euros sont consacrés à des ventes à découvert (pariant sur la baisse de titres, NDLR). L’exposition nette au marché d’actions est donc de 40 euros sur 100, soit 40%.

Capital.fr : Vos stratégies "long short" portent-elles leurs fruits ?

Patrice Courty : Oui. Moneta Long Short se classe dans le top 10 des meilleurs fonds dédiés. Le fonds, qui mise uniquement sur des actions, a rapporté depuis 10 ans en moyenne annuelle 5%, soit 4 points de plus que son indice de référence, un panier constitué de 40% de l’indice Stoxx Europe 600 (indice actions pan-européen, NDLR) dividendes réinvestis et de 60% de l’Eonia (taux d’intérêt interbancaire pour la zone euro à échéance d’un jour, NDLR).

 

Capital.fr : Le fonds est en partie investi outre-Manche. Comment avez-vous géré le récent vendredi noir post-référendum ?

Patrice Courty : Le fonds était couvert face au risque de vote en faveur du Brexit, si bien qu’il a moins baissé que son indice de référence le fameux vendredi noir. L’issue du vote a eu des impacts très contrastés selon les valeurs… Nous avons bénéficié de plusieurs de nos positions vendeuses exposées à la consommation domestique anglaise. De même, les valeurs de la construction se sont effondrées, du fait des craintes de récession outre-Manche. Et le plongeon de la livre Sterling a plombé les grands importateurs, typiquement les distributeurs de vêtements, qui vont payer plus cher leurs achats aux fournisseurs chinois. En revanche, la dépréciation de la devise a profité aux sociétés exportatrices et à celles très présentes à l’international, comme le géant du mobile Vodafone.

Capital.fr : Comment sélectionnez-vous vos lignes ?

Patrice Courty : Comme le gérant d’un fonds actions classique, nous tâchons de bien connaître les entreprises, nous réfléchissons sur leur business model… Notre originalité est que nous cherchons à gagner de l’argent en vendant à découvert les actions nous paraissant surévaluées, celles de sociétés mal gérées, ou dans un secteur d’activité en perte de vitesse, et qui devraient donc théoriquement sous-performer. Pour lisser les risques, nous choisissons des thématiques différentes, avec une bonne diversification géographique. Enfin, nous évitons évidemment de vendre à découvert les titres de sociétés susceptibles de se faire racheter. Cependant, on n’est jamais totalement à l’abri d’une OPA. Par exemple, le laboratoire Pfizer a bien cherché à racheter son concurrent anglo-suédois AstraZeneca pour des raisons fiscales malgré la taille très importante de la cible.

Capital.fr : Quelles sont vos principales convictions actuellement ?

Patrice Courty : A l’achat, Airbus est notre principale conviction. L’avionneur est mieux géré qu’avant et il bénéficie d’une croissance à long terme de l’aéronautique 1,5 à 2 fois supérieure à celle de l’économie mondiale, avec un bond de 5% par an du nombre de passagers sur les 20 prochaines années. Sur le long courrier, le duopole Airbus-Boeing est de plus en plus dur à briser, un nouvel entrant devant mettre environ 20 milliards de dollars sur la table pour lancer un projet concurrent. En vente à découvert, nous misons sur la baisse de l’action Vivendi, car nous jugeons que Vincent Bolloré s’est éparpillé, avec ses multiples acquisitions, qui devraient en plus favoriser la reconstitution d’une décote de holding. Enfin, nous sommes à la fois acheteurs de Numericable SFR et vendeurs d’Altice, sa maison mère, qui est très endettée, risque de décevoir et pourrait faire une offre sur sa filiale.

Propos recueillis par Nicolas Gallant